Pour beaucoup, l'Everest de Coluche. Cela dit, le reste de sa filmographie comporte tant de crevasses que le moindre relief passe pour une montagne (si l'on excepte Le fou de guerre). Dans le concert de louanges qui, depuis des années, accompagne l'évocation de cette oeuvre, une voix discordante : celle d'Henri Guybet, ancien compagnon de route du Café de la Gare, qu'on ne confondra jamais avec André Bazin. Bon.

Guybet affirme que jouer la tristesse n'est pas si difficile, il suffit de penser à sa feuille d'impôts. Le point de vue n'est pas dénué de mauvaise foi, il paraît même un peu mince. Mais on peut le comparer à une autre critique, qui vient de... l'intéressé lui-même. On se souvient que par coquetterie Coluche  mina le terrain, quand d'autres le comparaient déjà à Raimu. La louange aseptise celui qui l'accueille et l'humoriste n'était certainement pas dupe des arrière-pensées de certains médias, prompts à la palinodie.

Au final, il ne s'agit pas de réduire à néant le talent du comédien dans le film de Berri (un César tout de même... mais Christophe Lambert l'a bien eu). Toutefois, force est de reconnaître que les circonstances ont catalysé le jeu de l'acteur. D'abord, Coluche n'a pas eu à chercher bien loin pour jouer le désespoir d'un homme quitté par sa femme. Chacun sait qu'il vivait une situation assez semblable, tout aussi douloureuse. Ensuite, Tchao Pantin bénéficie d'une atmosphère poisseuse qui doit beaucoup au travail de Bruno Nuytten, le futur réalisateur de Camille Claudel. Enfin, la métamorphose de l'humoriste elle-même (rouflaquettes, teint pâle, regard noyé) témoigne de l'indéniable talent du maquilleur Ludovic Paris.

Pour le reste, le film bénéficie d'un casting solide (Anconina, Soral et Léotard sont mémorables) et d'une histoire solide, en dépit de quelques affèteries. Dans le creuset, Coluche se fond plus qu'il ne se détache.