Si on discute la nature même du comique de Coluche, on s’aperçoit que le tournant a lieu vers 1975, avec Le Schmilblick. Concession totale à l'humour gaulois : grosse marrade et par ici la monnaie.

Donc, pas en 81, avec les élections présidentielles ou en 82 avec la mort de Dewaere. Je propose une hypothèse, étayée par un certain nombre de faits : d'abord, on rembobine. Fondamentalement, Coluche se tire du Café de la Gare parce que son humour ne s’accorde pas avec celui de Romain Bouteille, que ni le comique gaulois, ni la notoriété n’intéressent (et la suite de son parcours le prouvera). Et Coluche, un premier temps fasciné par Bouteille, le quitte parce qu’il veut faire cavalier seul, certes, parce qu’il veut être connu, certes, mais parce que foncièrement son humour n’est pas là. Il sent bien qu’il ne se trouve pas à sa place, donc il fait chier le monde pour que Bouteille le vire. Ce qui se produira.

Par ailleurs, on ne sache pas qu’il ait envoyé bouler Lederman quand l’opportunité du Schmilblick s’est présentée et qu’il savait que ce serait super rassembleur. On note d’ailleurs qu’à cette période-là ce Coluche n’est toujours pas politique. Mais il va rapidement croquer dans le fruit, car ça le taraudait. Déjà en 71, totalement inconnu, il s’était fait lourder de « Midi Magazine », parce qu’il avait balancé sur Marcellin (« Hourrah pour Marcellin, le roi des flics ! »). Ca le titillait, je pense. Sa notoriété lui donne une formidable opportunité de se transformer en tribun. Et de le rester jusqu’à sa mort, via toutes ses interventions médiatiques.

De ce point de vue, on peut étudier l’ambiguïté de sa campagne présidentielle : Coluche commence par la farce, finit par prendre sa candidature au sérieux, complètement influencé par son entourage (Romain Goupil en particulier, qui s’exprimait encore l’autre jour à ce sujet sur France-Inter). Ce raccourci médiatique est un bon résumé de son parcours. Et cela n’enlève rien à sa fondamentale puissance comique, même si les hagiographies coluchiennes post-mortem sont plus qu’exaspérantes, me gonflent depuis 1986.