Les acteurs ou metteurs en scène qui sont dans le théâtre se disent volontiers de gauche et regardent fréquemment leur travail comme un acte politique. Ils pensent sans doute à ce qu'était le théâtre gréco-latin, un art tellement ouvert sur la cité que l'espace scénique lui-même n'était pas dissocié du monde dont il était censé parler. Mais les temps ont changé. On entre dans une salle de spectacle comme dans un cinéma, c'est-à-dire dans un monde clos, parfois auto-référentiel. Est-ce que ce qui se joue sur les planches a toujours pour but de signifier un engagement dans l'un ou l'autre camp ? Est-ce qu'un acteur -professionnel ou amateur- accomplit un engagement de cet ordre en livrant son corps au regard des autres ? Je n'en suis absolument pas persuadé. Pour ma part, je pratique cette activité surtout pour mieux me connaître, pour partager une expérience avec une troupe, pour réfléchir à ce qu'implique l'acte de jouer... la cité n'a rien à voir là-dedans. Ce qui m'agace, c'est le snobisme de cette gauche-bobo qui confisque le théâtre à des fins didactiques, s'imagine posséder la culture et, comme par hasard, voit en Sarkozy l'ennemi absolu. Je souhaiterais presque rencontrer des comédiens ou des metteurs en scène qui se revendiquent de droite. Cela prouverait que le savoir n'appartient à aucune fratrie et qu'on peut aussi parler d'esthétique avec quelqu'un qui défend les idées de l'UMP.