Il faut vraiment jouer des coudes avec 15 personnes pour voir ce film diffusé au mois d'août dans une salle parisienne.

On ne regrette pas. Autour de Cavanna dont la biographie est égrénée avec précision gravitent des intervenants plutôt pertinents : parmi eux, ce bon vieux Willem qui ne se répandit pas après le 7 janvier et qu'on ne sollicita d'ailleurs pas trop. Tant mieux. Avec son inimitable accent batave, il clôt ce documentaire sur un extrait du dernier livre cavannesque. Avant, d'une voix affaigblie, le vieux moustachu aux bacchantes de Vercingétorix raconte l'épopée Charlie Hebdo, les scandales Hara-Kiri, ses rapports avec Choron, sa difficulté à écrire et son acharnement à maintenir le stylo pour que les mots adviennent. Parfois, la mémoire fait un peu défaut. Mais dans l'ensemble, le co-fondateur de l'humour satirique moderne (avec Bernier Georges) demeure fidèle à l'expression consacrée : "lucide jusqu'au bout". 

Pour le reste, l'impression étrange de parcourir un cimetière de gens bien se conjugue avec la certitude que cet humour libertaire était surtout l'apanage d'une bande de mecs. Où étaient les filles à cette époque ? Soit les seins nus autour des joyeux drilles, soit dans la rue pour conquérir ce qui était déjà acquis depuis des siècles aux hommes. Le combat de Wolinski, Cabu, Siné et autres n'a pas consisté à introduire la parité au sein de la rédaction. On le note, comme on remarque aujourd'hui la présence plus évidente de ces femmes qui ont tant manqué, durant toutes ces années, à l'humour satirique gaulois.