bedosGrande émotion sous le chapiteau de l'Université Populaire du goût, le samedi 17 novembre dernier. Guy Bedos était l'invité de Michel Onfray, dans le cadre d'une journée qui lui était spécialement consacrée. Lorsqu'il est arrivé sur scène, petit homme nerveux et pourtant bien fatigué, l'assistance n'a pas manqué de lui réserver une ovation que, somme toute, il méritait, pour bons et loyaux services rendus à l'humour depuis une cinquantaine d'années. En même temps, il y avait quelque chose de surréaliste dans cet événement. Le cadre familial y jouait sans doute pour beaucoup. Et peut-être que Bedos avait senti que cette journée serait un peu particulière, bien loin des mondanités et du parisianisme. Dans le public, on avait l'impression que c'était un crépuscule. Mais un beau crépuscule. Bedos se fait très vieux, même s'il rugit encore. Parfois, il trébuche. Alors il en rit : "Je vais pouvoir faire des promenades avec Jacques Chirac". Côté carafe, ça fonctionnait donc bien il y a deux semaines. Un festival de bons mots, de vacheries ou de confidences, sous l'oeil goguenard d'un Onfray pas avare de compliments :

"Dire qu'on vient du peuple, ça ne m'a jamais impressionné. Ca peut donner Michel Onfray. Mais ça peut aussi donner Morano."

"J'ai à la fois du Camus et du Zidane, pour le côté coup de boule si on m'emmerde."

"Je suis professeur de solitude au Conservatoire. Je n'enseigne rien. Je suis un sorte de vieux copain pour les élèves... que j'ai d'ailleurs du mal à appeler les élèves"

"Je dois énormément au hasard des rencontres. J'ai croisé Prévert qui était mon idole. Je jouais dans un cabaret qui était tenu par son frère. Je lui ai avoué que j'avais des difficultés. Il m'a dit "Ecrivez" "

"Simone Signoret a été ma grande soeur et mon prof de sciences-po."

"Je n'aime pas Montand. Je n'aime pas les hommes qui font pleurer les femmes." (plus démagogique, celle-là)

"Je détestais Giscard, qui me le rendait bien. J'étais interdit à la télévision à cette période."

"J'ai été séduit par Mitterrand et je suis en quelque sorte devenu le bouffon shakespearien de ce monarque contemporain" (c'était plutôt Coluche, non ?)

"Il y a des amis dont je porte le deuil quotidiennement. Je pense à Pierre Desproges, notamment."

Au cours d'une discussion informelle avec Michel Onfray, qui a servi de prélude à cette journée, Guy Bedos a rappelé son engagement en tant que membre au Comité d'honneur pour le droit à mourir dans la dignité. Il en a profité pour préciser sa position sur l'euthanasie : "Je suis pour qu'on fasse rimer euthanasie avec anesthésie. Personnellement, dans les opérations, je déteste qu'on me réveille. Le meilleur moment, c'est l'endormissement.". Michel Onfray s'est alors saisi d'une phrase de Kafka -un autre grand humoriste-, lequel avait morigéné son médecin afin qu'il abrégeât ses terribles souffrances : "Si vous ne me tuez pas, vous êtes un criminel".

Le soir, Bedos a gratifié l'assistance de sa traditionnelle revue de presse, un genre qu'il a popularisé, à défaut de l'avoir inventé, et dans lequel il excelle toujours, si l'on excepte quelques saillies fatiguées sur la gauche.