reinettemirabelleCela commence par un pneu crevé, sur une route de campagne. D'où surgit le personnage féminin ? On ne le sait pas. Et puis, comme souvent chez Rohmer, nous assistons à une rencontre purement fortuite. Filmées en montage alterné, les deux héroïnes sont fatalement réunies dans le même plan : Mirabelle la citadine fait la connaissance de Reinette la campagnarde et bien nommée, tant on l'imagine en train de musarder au bord des étangs. Les jeunes filles sympathisent. Reinette invite Mirabelle à passer quelques jours en sa compagnie, dans sa très agreste bâtisse où l'on ne trouve trace d'une famille. Sans filiation, les deux jeunes personnages sont aussi sans amour. Pour une fois,  la trame de ce film est ailleurs : point de marivaudage, d'atermoiements sentimentaux, mais une heure bleue à saisir, au point du jour. Marie Rivière avait son rayon vert, Joëlle Miquel cherche son instant de grâce et pleure ne pas le trouver. Quand elle l'appréhende, enfin, elle se jette dans les bras de Mirabelle, scellant la naissance d'une amitié. Celle-ci s'épanouira sous d'autres cieux plus urbains.

 En quatre aventures, Rohmer dessine les contours d'une petit comédie humaine bien plus profonde qu'il n'y paraît. Comme toujours, l'élégance consiste à ne pas trop en faire. Pourtant l'on ne saurait parler de réalisme, puisque partout l'absurde surgit pour contredire les personnages : un garçon de café refuse de rembourser Reinette sous le fallacieux prétexte qu'il n'a pas de monnaie, la même est contrainte au silence devant un vendeur de tableau particulièrement loquace, Mirabelle suit une pickpocket pour lui voler son bien... Rohmer tire les ficelles, comme d'habitude, et celles-ci ne sont pas plus visibles que dans n'importe lequel de ses films, où le hasard et les contingences fixent leurs lois.