Daau débutns la collection Alma éditeur, a récemment paru un ouvrage qui ne laisse pas indifférent, pas plus que son auteur, dont la personnalité agace ou séduit (parfois les deux). François Bégaudeau, l'auteur d'Entre les murs, s'empare d'une thématique éminemment féminine -la grossesse- et construit une variation en treize nouvelles, auxquelles s'ajoute un autoportrait qu'on serait bien idiot de prendre au premier degré. L'organisation des récits fonctionne sur le principe de l'élargissement, à telle enseigne que la première histoire figure une génèse -au commencement était le binôme homme/femme-. On comprend, dès ce texte initial,  -et sans mauvais jeu de mot- que le bonheur des protagonistes se conquiert au forceps. Mais plus encore, la matrice conjugale est contrariée, puis menacée par des facteurs exogènes (l’entourage familial, la polygamie…). D’où son éclatement.

Cet élargissement paraît solidaire d’un éloignement géographique –le quatrième récit nous emmène déjà loin, aux Etats-Unis-, bien que la toponymie nous ramène régulièrement du côté de Paris ou des Pays de la Loire (chers à l'auteur). La géographie ne paraît floutée que dans une histoire, à mes yeux  la plus extraordinaire, la plus décalée -et pourtant centrale au regard de l’économie du livre- : le septième récit, véritable thriller psychologique, mené tambour battant. Pour le reste, les espaces sont plus traversés qu’évoqués (certains personnages voyagent beaucoup, à proportion de leur instabilité). Toutefois, la simple mention des lieux convoque forcément l’imaginaire de celui qui reçoit : pour moi, Dreux et sa région (je n’avais pas entendu le mot de « Brezolles » depuis longtemps et je revois une des mornes routes qui y mène). J’ai présumé une déambulation, que rien ne justifiait, à travers la cité durocasse. Ce n’est pas grave, l’attente dévoile la tentation d’une lecture autobiographique en creux. Or, si cette posture de lecteur constitue une facilité, c’est parce que tout converge vers ce moment où François, délicieusement mis en scène par des caméos, démultiplié en confident, copain, jeune homme secrètement désiré, militant lycéen, joueur de foot, va se rassembler en une entité, naître en tant que personnage. On le devine, on l’attend.  Quand l’avènement se produit, clignotent tous les signaux de l’autobiographie, pourtant déjouée par les modalités d'insertion dans l’avant-dernier récit : François n'y est pas acteur principal, mais confident, donc en périphérie de ce qui se joue. Pas le beau rôle, un parmi d’autres, au sein d'un groupe de potes. La figure centrale demeure féminine (les mecs sont quand même largués, dans l’ensemble) et le lyrisme tenu en lisière, à la même distance où se tient François, « semé » par Isabelle à la fin du texte. L'ensemble est particulièrement élégant et laisse poindre une manière que Bégaudeau pourrait exploiter dans ses futurs livres.