"C'est alors que je l'ai reconnu, surgissant du passé il m'était revenu". Je m'interroge devant mon bol de céréales. Mais d'où viennent ces vers ? Qui les aurait écrits puis chantés ? Ils sont jolis, ces vers. Mais ils disent une menace. Quelqu'un qui s'est senti menacé, donc.  Peut-être devrais-je songer à ce qui nous concerne tous et qui, dans cette fraîcheur matinale, me semble bien loin. La pluie est passée. Je bois un jus d'orage. La lumière d'une journée enfin retrouvée joue avec les rideaux de la cuisine. "C'est alors que je l'ai reconnu, surgissant du passé il m'était revenu". J'ébroue ma torpeur. Un yaourt peut-être. Il aura toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et quand l'onctueuse crème coulera, j'aurai enfin trouvé la réponse à cette question. Il faudrait pourtant que je paraisse concerné. Concerné par ce qui a d'abord occupé ma pensée et se dissipe. S'échappe par les sillons de ma mémoire. Ce qu'il faudrait, en ce moment, c'est qu'une dame vienne sonner à ma porte et me dise d'une voix grave : "Ces vers qui vous obsèdent et qui rendent votre petit-déjeuner plus aigre, eh bien c'est moi qui les ai écrits. Les porterez-vous encore en vous maintenant que vous savez qui je suis ? Admettrez-vous que finalement mon identité importe peu et que la beauté de cette écriture suffit à la rendre universelle ?". Eh bien oui, à ce moment-là, je conviendrai qu'il se joue quelque chose de magique. Mais on ne sonnera pas. On n'a jamais sonné. Il faudra que je trouve moi-même les indices qui me mèneront à la solution. Ce sera encore l'occasion d'une journée perdue au milieu des livres et des disques. Et quand j'aurai trouvé l'auteur de ces deux jolis vers, j'écouterai ce que me disent les autres. La nuit sera tombée. J'aurai perdu ma journée. Le lendemain, ce seront d'autres paroles qui m'empêcheront de vivre normalement.