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Troisième opus du cycle rohmérien, Contes des quatre
saisons
, entamé en 1990. C'est un jeune homme de soixante-quinze ans qui
donne au cinéma le formidable portrait d'une génération. Melvil Poupaud lui
prête ses traits et son jeu emprunté. Depuis ses débuts, à la fois avec et en
marge de la Nouvelle Vague, Eric Rohmer est le cinéaste des atermoiements du
coeur qu'il sonde et martyrise de manière jubilatoire. Par une sorte de
fatalité, le héros rohmérien se complaît dans l'analyse de ces intermittences ou
de ses indécisions, et sa parole se déploie d'autant plus que la situation lui
échappe.

A ce titre, le début de Conte d'été surprend. Il
désarçonnera tous les contempteurs du cinéma rohmérien, en ce qu'il délaisse la
parole. Des plans séquences accompagnent la marche d'un ténébreux jeune homme
qui semble attendre qu'un événement se produise, indifférent à la rumeur de la
foule estivale. Gaspard paraît livré à lui-même dans un environnement où l'on
découvrira un peu plus tard qu' il cherche l'aventure au sens étymologique du
terme : ce qui peut advenir ou ce qui peut ne pas advenir. Le déclencheur des
événements a nom Margot, dont le patronyme évoque immanquablement une célèbre
chanson. Et de chanson il sera largement question, puisque non content d'égrener
des accords dans le silence de sa chambre, Gaspard ébauche un morceau qu'il
destine d'abord à sa petite amie. Mais comme cette dernière joue l'Arlésienne,
il offre son présent à celle qu'il jugera la plus apte à le recevoir.

La
vacance de Gaspard le rend libre de séduire, selon des stratégies variées : avec
Margot, il oscille entre triomphalisme et désarroi, à Solène, il n'offre que son
indécision (qu'un prétendu voyage à Ouessant cristallise de manière flagrante),
enfin avec Léna la vaniteuse, il fonctionne sur le mode d'une rivalité
personnelle et culturelle. Piégé par ses non-choix, Gaspard se retrouve au
centre d'un triangle amoureux et d'un dilemme qu'il ne sait débrouiller par
lui-même. L'occasion qu'il saisit enfin s'apparente à une véritable fuite.Sur
l'embarcadère où il quitte Margot, Gaspard peut regretter sa pusillanimité et la
formidable occasion qu'il vient de gâcher. Car celle qui recueillait ses
confidences était aussi la plus apte à l'aimer. Et l'on quitte ces deux-là avec
le coeur aussi gros qu'un chagrin qui ne s'en va pas.

Beauté des plans,
subtilité des dialogues et du jeu des comédiens. Conte d'été constitue la
quintessence du cinéma rohmérien.