butorUn truisme littéraire tend à considérer le roman comme un genre difficile à définir. N'étant pourvu d'aucun trait véritablement distinctif -au contraire du théâtre ou de la poésie-, et surtout n'ayant aucune légitimité théorique ancienne, le genre romanesque a longtemps été relégué au rang de divertissement léger. Il y a quelques années, Michel Butor dans un jugement extrait de Répertoire II s'est inscrit en faux contre cette doxa et a réhabilité le roman en tant que structure, ce qui n'étonne pas de sa part, mais intéresse d'autant plus que, prenant appui sur son expérience personnelle, le célèbre auteur de La modification établit un parallèle entre roman et poésie.

Pour lui, les deux se fondent sur un travail préalable et, par cette longue maturation que représente l'activité laborieuse, le roman s'élève au niveau de la poésie, pour ce qui est des oeuvres les plus achevées, naturellement (ce que Butor désigne par l'expression "dans ses formes les plus hautes"). Ainsi, ce genre, tel qu'il le conçoit, accède à ce rang qui lui donne un véritable statut, parce qu'il parvient à organiser un conglomérat d'éléments disparates (Butor les appelle "difficultés et contradictions inhérentes au genre") en une structure logique. 

Une telle réflexion soulève la question de la spécificité du roman : où est-elle finalement ? Doit-on la chercher dans une analogie avec la poésie qui, selon Butor, semble innerver la création romanesque ? Ou peut-on considérer que le roman a sa propre esthétique et n'a donc pas à emprunter ses codes dans des formes d'expression légitimées par la réflexion théorique ?