Le_Beau_Mariage_film_posterOeuvre mineure dans la considérable filmographie de Rohmer, Le beau mariage met en scène un personnage qui cristallise d'irréconciliables contradictions : convaincue que son destin lui commande de se marier, Sabine va rompre avec son amant Simon qui lui-même a déjà consommé, mais dont elle ne supporte pas d'être le faire-valoir. Un an avant Pauline à la plage, Feodor Atkine joue déjà les manipulateurs avec brio, quoique sa participation s'avère purement symbolique. C'est sans doute sa fréquentation assidue mais frustrante, ainsi que l'exemple du bonheur conjugal incarné par sa meilleur amie, qui provoquent chez Sabine l'urgence de la "normalité".

On a là une janséniste des sentiments comme il en existe tant chez Rohmer, grand pascalien devant l'éternel, soumettant ses créatures à l'épreuve des contingences. Chevillée à cette certitude, Sabine échoue immanquablement, puisque l'avocat dont elle s'éprend, peut-être sous le fallacieux prétexte de préserver son indépendance, mais plus encore parce qu'il ne veut pas l'intégrer dans son cercle, l'oblige à ajourner son virulent désir de mariage. L'antienne sans cesse déclamée -"Je vais me marier"- contraint la jeune femme à se hisser au niveau de son obsession, mais à subir l'affront du refus, qu'elle entérine par une homérique colère contre une  incarnation de la bourgeoisie. 

Qu'à cela ne tienne, Sabine est une acharnée, à qui Béatrice Romand prête son visage mutin déjà vu dans Le genou de Claire. Actrice rohmérienne par excellence, prête à s'embraser jusqu'au dernier plan où le sourire d'un inconnu ouvre un champ des possibles, elle va au-devant de cette quête à laquelle on ne croit pourtant pas, tant il apparaît que le postulat initial porte en lui les germes de l'échec.