Nicolas Sarkozy répond en conférence de presse à une journaliste allemande sur un éventuel accueil du président Bouteflika... au cas où il y aurait du grabuge en Algérie. Mais l'idée est sous-jacente et le sous-entendu de la question permettra une réponse à géométrie variable. Si l'attaque avait été plus frontale, nul doute qu'une esquive aurait été plus difficile. Le président français marque un temps, sourit à l'unisson de la salle qui, par son rire prolongé, lui laisse le temps de répondre. On dirait qu'il marque quelque chose sur la feuille de son pupitre : sa répartie ? Il secoue la tête, visiblement amusée par la polissonne. Ce hochement de tête le rend tout de suite plus sympathique que le rictus qui précède et traduit sa nervosité.

La réponse vient enfin et elle est excellente, soyons objectif : "En visite officielle ?". La feinte repose sur l'expression d'une fausse incompréhension. Dialogue de sourds. La salle rit de plus belle : un modèle de communication.

"Vous voyez l'exploitation qui pourrait immédiatement être faite de ma réponse dans un grand pays comme l'Algérie ?" : c'est entendu, je siffle la fin de la récré et je vous indique que je ne m'exprimerai pas sur le président algérien.

Patte de velours à nouveau : "C'est tout à fait normal que vous vous posiez ces questions."

"Mais moi j'ai une différence : c'est que je suis en charge de responsabilités... c'est une grande différence". Jeu avec le capuchon du stylo, peut-être une nervosité ou la volonté de ponctuer le silence. Tout le monde est redevenu sérieux. Nicolas Sarkozy a indiqué que les journalistes et lui n'appartenaient pas au même monde. Ou alors exprime-t-il qu'en vertu de sa fonction il n'est pas autorisé à conjecturer sur le devenir d'un pays ?... dans le privé, cet homme-là dirait certainement ce qu'il pense, mais la prudence qui doit être aussi celle d'un homme d'Etat n'autorise pas les jugements à l'emporte-pièce. L'argument paraît crédible. Imagine-t-on que le président se hasarde à prédire la chute de Bouteflika ? Ce sont des dizaines d'accords commerciaux, industriels... qui tombent à l'eau. "La raison d'Etat, c'est des tas de raisons.", comme aurait dit Coluche.