colucheOù en est-on avec Coluche en juin 1986 ? La rumeur est devenue information officielle : l'artiste remontera sur scène en septembre au Zénith, pour une série de représentations qui s'annoncent triomphales. Pour l'heure, il vient de faire le clown au Festival de Cannes déguisé en simili-France Roche et passe le plus clair de son temps à écrire ou à se divertir. Pour la jeune génération, celle qui a de quinze à dix-huit ans, Michel Colucci fait déjà partie du décor et sa verve comique qui a triomphé en 1974 n'est  qu'un lointain souvenir. En 1986, Coluche n'est plus tant un homme de scène qu'une personnalité médiatique à multiple facettes, à la fois trublion dans des émissions qui feront date (Coluche 1 faux), qu'animateur radiophonique sur Europe 1, ou fondateur d'une nouvelle charité laïque avec les Restos du Coeur. C'est cette image totalement oecuménique qui domine à l'orée d'un été qu'on devine studieux et décisif, car il s'agit bien de corriger le tir et de flirter de nouveau avec la marge.

En juin 1986, Coluche n'est pas loin de réunir un large consensus qui lui permettra au mieux de bifurquer vers la politique, au pire de se dissoudre dans le charity-business qui envahit les années 80, dévore une à une les icones de la galaxie show-bizz.

Alors à quoi pense-t-il celui qui, le jeudi 19 juin 1986 à 16h, enfourche sa bécane pour quitter Cannes ? Qu'il leur "fera honte après leur avoir fait peur" ? A-t-il encore des flèches à décocher ? Fera-t-il de sa nouvelle association une arme de guerre pour bousculer le pouvoir politique ? Songe-t-il simplement à ses fêtes dionysiaques qui, de la rue Gazan à Châteauneuf, rassemblent une foule de sangsues prêtes à tout pour approcher le Roi ?

En juin 1986, l'image de Michel Colucci est quelque peu brouillée au moment même où la notoriété atteint son point ultime. Qu'y a-t-il au-delà d'une montagne où l'on est seul ? Comment assumer la subversion quand on marche -peut-être malgré soi- vers le pouvoir et ses vicissitudes- ?...

Lorsqu'à 17 heures la terrible nouvelle a frappé le pays de plein fouet, il est possible qu'une génération de comiques brimés par la présence du Maître ait bassement pensé que maintenant la voie était un peu plus libre.