Fantasme de fan : on réécrit l'histoire.

John Lennon échappe de justesse à un assassinat. Jose Perdomo, le portier cubain, réussit à ceinturer Chapman avant qu'il ne dégaine. "Walking on thin ice" aura sa touche finale lors de cette fameuse séance prévue le 9 décembre "aux aurores et en pleine forme".

Donc, Yoko cartonne avec son morceau le plus commercial. Elle décide faire cavalier seul et sort "Only". De son côté, John ronge son frein le week-end suivant. Il a dégainé sa guitare depuis quelques mois en faisant croire que sa Muse lui avait de nouveau fixé rendez-vous. Il est invité à une manifestation d'ouvriers contre la nouvelle administration Reagan... mouais. Et Paul ? Qu'est-ce qu'il fait de son côté ? Il vient d'arroser de chantilly une gigantesque pièce montée : George Martin aux manettes... "We all stand together". Pour un dessin animé ? Pouah. Encore un truc des Wings.

Il se murmure qu'un nouvel album se prépare à Montserrat. Denny Laine en sera, et toute la clique de "Back to the egg".

Les lumières clignotent au Studio One. Lennon contemple Central Park à ses pieds. Comment négocier le virage des années 80, quand on est déjà un has-been à 40 ans ? Il se dit qu'il a commencé trop tôt. On ne peut pas être et avoir été. Il ne sera plus jamais une figure de proue et on l'invitera à sans cesse ressasser les mêmes chansons que tout le monde veut entendre, parce qu'elles sont signées "Beatles" et que les gens sont dingues de cela.

De l'autre côté du Bronx, une révolution se prépare. Le rap va naître. C'est plus ma musique, le rap. Ca n'est pas mon époque. Quant à Vicious et les autres, on faisait déjà ça à Hambourg à la fin des années 50. C'est le rock, quoi. Ils sont simplement revenus aux origines.

"Le punk est déjà mort, John !" dit Fred Seaman. Là-bas, en Angleterre, c'est la morosité. On n'écoute plus que de la new-wave. Pas très loin de chez toi, un chanteur s'est pendu. "Pendu ? Pour du rock ? Je préfère les vieilles bougies qui se consumment. Et puis quoi encore ?"

Monserrat ou Kingston ? Ce n'est pas si loin. Mais Marley est très malade, dit-on. Dommage, John aurait bien écrit avec lui. Il l'a beaucoup écouté aux Bermudes. Mais il craint qu'on ne trouve ça trop marketing.

"Tug of War" avec Paul ? Un nouvel album des Beatles, donc. Trop facile. Il n'y en aura plus. J'ai été clair là-dessus. On ne retourne pas à l'école.

Quelques accords dissonants sur une guitare. Je viens d'échapper à un attentat. C'est le moment d'arrêter les conneries. Je ne serai plus chanteur, mais écrivain, quelque part entre Dylan Thomas et Leonard Cohen.

Dakota Building, 23 janvier 1981.