beatlesC'est le plus grand fantasme du rock'n'roll. Parce que justement, celui-là ne se réalisa jamais. Le 8 décembre 1980, Mark David Chapman, un fan illuminé, met fin à un hypothétique espoir : la reformation des Beatles. Mais était-il seulement question de raviver la flamme ? A l'aube des eighties, le fol espoir des hippies est bien loin. Et Lennon lui-même morigène ses fans dans une de ses dernière interviews : en gros, si certains cons n'ont pas compris la première fois, et qu'il faut encore se sacrifier parce qu'une poignée d'abrutis veut encore voir du miracle, il faudra compter sans lui. A force de glorifier ses idoles, on en oublie que l'essentiel est d'abord de penser à soi. Tous ces adorateurs qui vivent leur existence par procuration lui font peur, et cette crainte sera-hélas- justifiée par ce que Lennon n'aurait sans doute pu prévoir : son assassinat.

Qui est tué, le soir du 8 décembre 1980 ? Un homme de quarante ans, revenu de tout, de la célébrité, de la médiatisation planétaire, qui n'a aspiré, durant cinq ans, qu'à un peu de calme, de repos... a vainement cherché à équilibrer son couple, puisqu'on sait que rien ne fut simple avec Yoko, bien que ces deux-là se soient aimés.

En 1980, la rock star n'a pas abandonné la musique, il l'a délesté du service après-vente : s'offrir à la gloire, c'est se livrer à la foule qui vous arrrache et vous laisse en lambeaux... petit bout par petit bout, comme dans les "Cut Pieces" de Yoko. Alors, McCartney a beau jeu de ne pas avoir quitté les feux de la rampe. Lui s'est accommodé de la variété, sa musique s'est un peu perdue, parce qu'il n'avait plus d'alter ego pour lui tirer la bourre et le remettre à sa place. Il fut de bon ton, dans les années 70, de cracher sur la variétoche de Paul. John lui-même ne s'en priva pas, qui qualifia ses morceaux de "muzak" dans "How do you sleep"... Peu importe. Les temps ont changé. Le fantasme passé, après un recadrage nécessaire -Non, Lennon n'était pas à lui tout seul les Beatles-, Macca a récupéré sa place dans le Panthéon.

Heureusement que l'histoire ne s'écrit plus en pointillés. Elle aurait bafouillé si les Beatles s'étaient reformés. Qu'avaient-ils à offrir de plus ? Comment auraient-ils négocié une époque dont ils n'auraient plus été les figures de proue, puisque les Fab Four se confondent aussi avec la décennie qui les a générés et dont ils ont écrit la bande-son ? Non, les Beatles ne pouvaient pas vieillir, ne devaient pas vieillir...